RUGBY CHAMPAGNE.

(Pour ceux qui voudrait nous faire partager leurs souvenirs).

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CARLAW PARK
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RUGBY CHAMPAGNE.

Message non lu par CARLAW PARK » 16 sept. 2005, 12:05

RUGBY CHAMPAGNE D'HENRI GARCIA

PREFACE DE MARCEL HANSENNE

A la gloire du rugby

Il est de bon ton , dans les milieux bien-pensants du rugby à xv de feindre
d'ignorer l'existence du jeu à XIII , ce bâtard honteux de l'ovale. Ce sont
ces mêmes esprits distingués qui , il y a peu de temps encore , prétendaient que le coup droit de Hoad , passé professionnel , avait perdu
une grande partie de son intérêt , parce que sa valeur en dollars était désormais connue , alors qu'auparavant elle se contentait d'être clandestine. Alors que l'effort était le même , il était jugé , suivant le cas , bon ou mauvais : d'autant meilleur qu'il était entouré d'hypocrisie , d'autant plus mauvais qu'il était empreint de franchise. J'avoue que ce distingo subtil m'a toujours confondu...
J'imagine cependant que le principal reproche qu'on adresse au jeu à XIII
n'est pas d'avoir bouleversé les traditions de l'ovale , qui avaient pour effet d'augmenter considérablement le nombre de cafés en France pendant la période des mutations- les boulevards de certaines villes de province s'ornaient progressivement de comptoirs serrés les uns contre les autres- en convertissant honnêtement en francs les avantages consentis en "nature" .Ce sont là des moeurs qui , chez les XV , ont de toute façon tendance à disparaître , rendant plus pénibles les investigations de nos amis britanniques , toujours préoccupés par ces choses.Mais il est bien évident que la formule indépendante qu'ont pu adopter " les Treize" , et qui est interdite chez les XV , a contribué à leur donner ce climat de franchise qui est bien agréable , abstraction faite des opinions que l'on peut avoir sur la question. Pour moi , qui suis au courant
de certaines améliorations sociales dues au jeu à XIII , je n'y trouve nullement matière à scandale.
En réalité , le fond du problème est ailleurs . La haine ou le mépris suivant le cas , soulevée par le jeu à XIII , vient de son étroite parenté avec le jeu à XV , bien que des doutes soient souvent exprimés sur ce point. Certes , ce n'est pas tout à fait la même chose , et l'on n'en veut pour preuve que la longue période d'adaptation à laquelle doivent se soumettre les grands joueurs à XV " passés à l'ennemi".Leur faudrait-il aussi longtemps pour se réadapter au XV ? Voilà bien le genre de querelle
que je me garderai d'allumer...
Mais s'il est vrai que le XIII et le XV ont de nombreux points communs, sans pour autant se ressembler tout à fait , il reste qu'il s'agit de rugby et surtout de rugbymen. On y retrouve la même vaillance , allant jusqu'à l'héroisme . Le rein éclaté de Dejean , restant néanmoins sur le terrain jusqu'à la certitude de la victoire , peut aisément souffrir la comparaison avec le nez écrasé de Dufau , au cours d'un Angleterre-France fameux.Ce sont là , certes , des choses à faire frémir les honnêtes gens mais nous sommes ici entre passionnés de rugby , habitués des hématomes , abonnés à l'ivresse des chocs , sentant monter en nous des instincts de violence dès que la lutte pour la possession de ce ballon ovale est en jeu .Aucun sport au monde ne peut donner lieu à des vocations aussi soudaines que le rugby et je n'en veux pour preuve que le grand changement qui s'est opéré dans la vie de mon ami Haroun Tazieff , quand je lui ai lancé dans les mains son premier ballon ovale. Il en fut si bouleversé que , le jour même , il achetait un équipement complet de rugbyman et s'inscrivait , peu après , dans une équipe corporative , se mettant ensuite à distribuer avec force de sauvages coups d'épaule ,fort éloigné du parfait gentleman qu'il est d'ordinaire en toutes circonstances.
Tout cela je le retrouve indifféremment chez les XIII comme chez les XV , exaltation identique de l'être , truculence semblable avant ou après le match et je ne vois pourquoi je bouderais mon plaisir , quand il est si vif partout.La création des XIII a affaibli les XV , des ponctions honteuses se sont produites , etc. J'avoue ne pas parvenir à me passionner pour ces griefs ressassés , estimant qu'il arrive toujours un moment où l'évolution des moeurs sportives commande une révision des règles anciennes devenues archaïques et que , si le XV n'a pu se résoudre à affronter ce problème de face , il est normal que se soit manifestée l'idée d'un jeu parallèle. Après tout , le rugby ne s'est-il pas joué à trente joueurs , à l'origine?
Sur le spectacle donné par les XIII , spectacle , n'ayant nullement un sens péjoratif dans mon esprit - le raccourci sport-spectacle étant une création d'esprits obtus - il y a évidemment beaucoup à dire , certaines choses étant en faveur des XIII , clarté du jeu , façon dont les actions sont merveilleusement détachées , habileté dans le maniement du ballon, et d'autres prêtant à la critique , comme cette fameuse règle du tenu , qui semble plonger le XIII dans une impasse , à l'image du basket-ball , à la recherche de ses règles idéales.
Il n'en reste pas moins qu'une honnête partie de jeu à XIII peut procurer un plaisir certain à quiconque se sent un penchant pour la forme ovale.
Et puis , que de merveilleuse histoires viennent se greffer sur ces aventures sportives , qui font paraître désuètes ces vaines querelles d'étiquette .On y retrouve cette merveilleuse chaleur dans laquelle baignent toutes les histoires de rugby et , à cet égard , quel meilleur conteur que Henri Garcia pour nous introduire dans les coulisses du Jeu à XIII ? Le sens de l'humour est sans doute sa particularité la plus remarquable , car nul mieux que lui ne sait nous arracher un éclat de rire au moment le plus pathétique d'un récit. Et puis il possède une autre qualité , également rare , celle de s'attacher en toutes choses à ce qu'elles ont de meilleur , et non de pire . C'est grâce à cette nature généreuse qu'il peut opérer indifféremment , et toujours avec la même bonne humeur , dans les tribunes du XIII comme dans celles du XV , ce qui implique , par surcroît , une forme certaine de courage. Pour lui c'est toujours du rugby , c'est à dire un jeu qui lui procure une grande émotion , et il faut lui savoir gré de nous transmettre si bien , dans un style aussi agréable , sensible et gai . D'ailleurs , quel besoin avais-je de vous le dire ? La lecture de ce passionnant " Rugby Champagne" suffira à vous en convaincre...

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 16 sept. 2005, 21:02

LA BATAILLE DE L'OVALE

Ouvrez ! c'est la fortune de la France

PHILIPPE VI
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billy
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Message non lu par billy » 16 sept. 2005, 21:06

Il est un peu moins use que le mien !

La photo...Contranstin a l'essai....quand je pense a nos jeunes amis forumistes qui par ailleurs essayent de trouver des ailiers pour former une fictive equipe de France.....ils auraient vu le punch de Raymond Contranstin et les placages desintegrants de Vincent Cantoni ça les aurait fait rever...

UTILITY PARLEUR
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Message non lu par UTILITY PARLEUR » 16 sept. 2005, 21:36

tu en verras d'autre Billy, garde l'espoir!

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 16 sept. 2005, 22:30

Il pleuvait sur Botany Bay. Depuis quatre jours , les vents du Pacifique portaient sur la côte australienne leur habituel contingent hivernal : pluies
,bourrasques,frimas ,tempêtes , raz de marée. De la falaise , on distinguait à peine les paquebots sortant du port de Sydney . Triste fête nationale , en vérité , que ce 14 Juillet 1960 .Loin de la mère patrie , La Marseillaise a des accents nostalgiques qu'on ne lui connaît pas dans nos kermesses patriotiques. Autour du monument de La Pérouse , dans ce petit enclos grillagé , parcelle de terre française , nous étions là , une poignée misérable , venus en pélerinage par ce temps de Toussaint.
L'équipe de France remplaçait saint-cyriens et légionnaires , modeste troupe victime de ses conquêtes. Les Tricolores se serraient au premier rang et , sous le crachin , la disparité des imperméables traduisait bien cette impression de troupe décimée . Ceux qui avaient fait trembler
l'Australie quelques semaines auparavant dans le formidable premier test , ces "fabulous Frenchmen"qui dans l'imagerie populaire des antipodes
, sont toujours des héros partant à l'attaque en casoars et gants blancs, les "Supermen" ne formaient plus qu'un triste bataillon de la Grande Armée après le passage de la Bérésina. A la veille du troisième test , les
" fiery Frenchmen" n'effrayaient plus personne. Maintenant devait commencer la grande pénitence du XIII de France . Ces hommes qui avaient donné au rugby une dimension nouvelle , ces joueurs réputés invincibles n'étaient plus qu'une troupe d'invalides où , depuis le nord du Queensland les boiteux rejoignaient les manchots et les béquillards.
Assurément le XIII de France avait perdu son visage de conquérant et, comme c'est le triste usage lorsque le lion est blessé à mort , les chacals se permettent de lui tirer les moustaches .Pauvre XIII de France agonisant,l'Australie qui t'avait craint et admiré te condamnait aujourd'hui
à être enchaîné , humilié , pour le plus grand triomphe des "Kangourous".
Nous rentrions dans Rome derrière le char de César.
Il pleuvait sur Botany Bay . Dans les rafales de vent , je n'entendais pas les mots du consul et , avec uns sorte de rage au ventre , je revoyais les titres de la presse de Sydney : L'HEURE DE LA MISE A MORT EST VENUE , L'AUSTRALIE VA REMPORTER UN SUCCES TROP FACILE ET SANS SIGNIFICATION . Même nos meilleurs amis ne croyaient plus en nous.
L'heure de la Marseillaise était arrivée . Au pied de la colonne de marbre
, les gosses de l'école La Pérouse étaient tassés , une centaine , de six à huit ans .J'étais heureux que le nom de la Pérouse fût précisément donné à la seule école d'Australie où les enfants blancs et aborigènes étaient mêlés .Depuis un an , ces pauvres gosses avaient patiemment appris la Marseillaise en français et leur chant , appliqué , malhabile , nous serrait le coeur. C'est idiot à dire , mais lorsque ces petits ont lancé de leur voix fluette "ALLONS ENFANTS DE LA PATRIE , LE JOUR DE GLOIRE EST ARRIVE" , nous qui avions l'habitude de massacrer cette bonne vieille et chère Marseillaise à la fin des banquets , à la demande générale et têtue
, nous n'avons pu sortir un son du fond de la gorge. A la dérobée , j'ai regardé les joueurs de l'équipe de France et j'ai vu que les plus durs , les plus insensibles , les plus turbulents avaient , comme moi, les yeux pleins de larmes. Larmes d'hommes , larmes que l'on cache en baissant la tête vers le sol comme si on avait honte de sa faiblesse , larmes pleines d'amour et de rage . Vieil amour du pays qui se retrouve simple et pur avec l'éloignement. Rage d'être vaincus sans pouvoir se défendre. C'est tout cela que les rugbymen de France voulaient faire taire d'un revers de la main.
Il pleuvait sur Botany Bay et nous étions là , face au drapeau mouillé , tristes et blessés seuls sur cette côte de la Nouvelle France , comme les marins de La Pérouse lorsqu'ils abordèrent , sur la BOUSSOLE et L'ASTROLABE cette terre inconnue , leur dernière escale.
Dans le car qui nous ramenait à l'hôtel , nous n'échangeâmes pas dix paroles . Par chance , à l'Olympic Hotel , l'habituel quartier général de l'équipe de France , René Duffort et Jean Duhau avaient , depuis le matin , envahi la cuisine , pour préparer un repas bien de chez nous avec les moyens du bord . Les deux entraineurs de l'équipe y avaient mis toute leur science culinaire . Hors d'oeuvres variés , spaghetti bolognaise , poulet rôti , fromage danois , fruits du Queensland , le tout arrosé de bourgogne australien , un vrai festin gascon , pour peu qu'on termine pas des vieux chants du terroir.
Avant le repas , Antoine Blain , le vieux lion , se leva . Malade , fatigué au terme de cette troisième tournée , le " Turc" s'adressa à ses joueurs avec des paroles simples et franches.
-Mes amis , je ne suis pas Déroulède , mais comme vous j'ai été ému , lorsque ce matin les enfants de l'école La Pérouse ont chanté la Marseillaise. Ici , loin de le mère patrie , loin de notre famille , de nos amis , le mot France a une toute autre résonance.lorsqu'elle nous manque , nous nous apercevons que nous l'aimons. La France , au cours de son histoire , a fait de grandes choses , a donné au monde de grands hommes et il est bon qu'en cette veille du troisiéme test contre l'Australie
, La Pérouse et la prise de la Bastille soient associés dans un même souvenir. Vous , mes amis , et en particulier les quatre Albigeois Fabre , Fages , Bescos et Vadon, sachez que La Pérouse , un Albigeois , représente en ces mers du Sud , l'audace , la grandeur , la classe françaises. Le 14 juillet , le "BASTIDE DAY" comme on l'appelle ici , c'est pour l'étranger , le symbole de la renaissance française. Mes amis , la France a connu des heures sombres tout au long de son histoire , mais elle a toujours trouvé les ressources pour recouvrer sa grandeur et son rayonnement alors que tout le monde la croyait perdue. Sans doute serait-il présomptueux de vouloir vous comparer à la France mais , tout de même , vous êtes ici aux antipodes , le symbole de la France.
Les ministres australiens ont même dit de l'équipe de France de Rugby à XIII , qu'elle était le meilleur ambassadeur que la France ait envoyé dans ces pays du bout du monde . Comme la France à l'échelle mondiale , notre petite communauté a eu ses heures de gloire et ses jours de détresse. Dans le passé aussi on nous a cru perdus , mais vos aînés , peut-être tout simplement parce qu'ils portaient le maillot tricolore et le coq gaulois sur la poitrine , ont toujours renversé les situations les plus critiques et , finalement nous n'avons jamais perdu la série de tests ici , en Australie . Aujourd'hui , je le sais , l'équipe de France est cruellement atteinte dans ses forces vives . Gilbert Benausse , Foussat , Gruppi , Perducat , René Benausse , Verges , Moulinas , André Lacaze , Mézard ,
Fages , Majoral sont blessés. A la veille du match le plus important de la tournée , nous ne savons pas comment , l'équipe sera formée . Vous êtes
épuisés , diminués , condamnés. Personne ne croit que vous pouvez seulement inquiéter cette sensationnelle équipe d'Australie , la plus forte aux dires de tous les spécialistes que l'on ait vue en ce pays depuis la naissance du rugby. Je n'ignore rien de tout cela , mais je sais aussi que vous êtes l'équipe de France , que vous êtes des hommes d'honneur , des hommes de devoir. Je sais que , malgré les malheurs qui nous ont frappé s , vous partirez de ce pays la tête haute . Une victoire c'est peut-être au dessus de vos forces , mais je suis sûr que demain , sur ce terrain du SYDNEY CRICKET GROUND , qui a vu les plus grands triomphes du XIII de France , vous allez lutter de toutes vos forces , avec tout votre coeur.
Je suis certain , que même vaincus , on vous saluera avec respect , demain ,lorsque vous quitterez le stade , parce que jamais un rugbyman de France portant sur ses épaules le maillot tricolore , n'a failli à son devoir. En ce 14 juillet , alors que nous sommes si loin de notre pays , je vous demande de vous recueillir un peu et , avant de pénétrer demain dans le stade , de songer à vos familles , à vos amis, à vos femmes , à vos enfants, à vos fiancées , qui attendent le résultat de ce match et qui croient en vous , en votre classe , en votre courage .Faites votre devoir d'international de rugby , pour eux et pour la France , notre belle France qui n'a jamais mis les deux genoux à terre.
Antoine Blain s'arrêta , il regarda les joueurs qui l'avaient tous écouté avec une gravité exceptionnelle . Personne n'osait briser le silence , on retenait son souffle pour ne pas détruire cette ambiance mystérieuse , presque surnaturelle , qui avait soudain envahi la pièce . L'air était irrespirable.
- Allons , ne nous laissons pas attendrir , Bon Dieu !dit Antoine Blain, et je vis que le "Turc" serrait les dents pour contenir cette émotion qu'il avait fait naître . Cette petite troupe de Français , incorrigibles frondeurs se moquant par une vieille tradition gauloise de la République , de la Marseillaise et de tout l'attirail patriotique , avait été transfigurée , en ce 14 juillet sans lampions , au seul appel de la France ;
Notre équipe de boiteux , de manchots , de béquillards avait ressenti une sorte d'appel de la patrie en danger et , comme les soldats de l'an II , nos va-nu-pieds superbes des antipodes allaient , eux aussi , entrer dans la légende.
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UTILITY PARLEUR
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Message non lu par UTILITY PARLEUR » 16 sept. 2005, 22:46

Quel fur le résultat du match CP

C'est beau, j'en pleure
















Ah la dauphine, savonnette sur quatre roues, elle à m^me exister en Gordini, ya quelques virages qui s'en rappelle!

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 16 sept. 2005, 23:01

Tu le connaitras le résultat à la fin du bouquin..... :cry: :cry:

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Message non lu par UTILITY PARLEUR » 16 sept. 2005, 23:10

c'est un feuilleton alors?!!!!!!!!!!

















vite la suite

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Message non lu par billy » 16 sept. 2005, 23:19

Il a bien travaille CP ......il faut le faire....UP la suite....est formidable !
c'est meme dommage d'intervenir entre les beaux resumes que nous raconte CP.... on devrait "ecouter" en silence....les paroles d'Antoine Blain !

lulu13
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Message non lu par lulu13 » 17 sept. 2005, 01:28

bravo et merci c'est passionnant à lire, j'attend la suite avec impatience ! :enaccord14:

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 17 sept. 2005, 09:36

RUGBY CHAMPAGNE .
LA BATAILLE DE L'OVALE.
NORD CONTRE SUD




Par une sorte de phénomène naturel , voulant que l'élève soit souvent le plus dangereux rival du maître , le XIII de France est allé conquérir ses quartiers de noblesse en terre australienne , alors que , précisement , les "Kangourous" furent à la base de la naissance du Rugby à XIII français. C'est d'ailleurs une bien étrange histoire que celle du "schisme treiziste".
Le rugby-football , codifié au collège de Rugby , avait conquis toutes les
Iles Britanniques dans sa forme traditionnelle de sport viril. Il était le gardien de ce vieux jeu de football dont la violence avait amené les rois d'Angleterre à l'interdire pendant des siècles. Mais , en même temps que le sport devenait Outre Manche un véritable fait social , la révolution industrielle transformait la vieille Angleterre . La beauté sauvage des Midlands , chère à Emily et Charles Brontë , était rongée par un gigantesque cancer d'usine , à la tristesse immense . Seuls les hauts de Hurlevent , trop pauvres , trop désolés, n'étaient pas atteints par le mal du siècle . Ailleurs , partout ailleurs , on abandonnait la douce campagne anglaise pour gagner de hauts salaires dans cet Eldorado au nom de suie.
Liverpool , Birmingham, Leeds , Bradford , Manchester , Huddersfield,
Hull grandirent au point de ne former qu'une colossale Métropolis.L'homme paraissait être oublié dans ce chaos.Pourtant il était là
, avec son fardeau énorme qui lui devint bientôt trop lourd.Des grèves éclatèrent , un peu partout , pour que le travail s'arrêtat le samedi à midi.
C'est ainsi que , les premiers au monde , les ouvriers des Midlands obtinrent ce que l'on devait appeler la semaine anglaise.
Un samedi après-midi de liberté , c'est magnifique dans notre midi , pour taquiner la truite ou faire une partie de pétanque , mais dans le Yorkshire
, le Lancashire , ou le Cumberland , ces pays de l'ennui où les pubs restent traditionnellement clos jusqu'à 17 heures , que faire pendant que la femme , à la maison , prépare activement le rituel enterrement dominical? La réflexion fut courte . L'Anglais du Nord n'avait qu'une chose à faire le samedi de 13 heures à 17 heures : du sport en général et du rugby en particulier. S'il était jeune et bien pris , il chaussait les souliers à crampons , mais si le temps et le whisky avaient fait leur effet , alors il s'installait tranquillement autour des terrains de jeu , manifestant sa particpation en poussant de temps en temps un sonore "COME ON BOYS" ou bien au moment crucial " GO ON FORWARDS" . Il faut bien croire qu'en ces samedis après-midi de la fin du siècle , la tiédeur de foyer n'avait pas plus d'attrait qu'aujourd'hui pour le commun des Anglais
car la public fut de plus en plus nombreux dans les stades .Comme l'Anglais , chacun le sait , est bon commerçant , il inventa rapidement le guichet où il préféra cracher ses 2 ou 3 shillings ,plutôt que de rester "at home".
Les sujets de Sa Gracieuse Majesté étant logiques , les joueurs qui assuraient les recettes , demandèrent quelques avantages qui ne purent leur être refusés. Ainsi , le Nord de l'Angleterre vit-il naître le football professionnel dès la fin du siècle. La bonne société Londonienne cria au scandale et fixa la démarcation entre le football-association ou "soccer" et le rugby-football , par cette formule : " Le football est un jeu de gentlemen pratiqué par des voyous tandis que le rugby est un jeu de voyous pratiqué par des gentlemen."
Mais , en tant que gentlemen , les joueurs de rugby restaient insensibles à l'argent...dans la mesure où ils n'en manquaient pas! Les ouvriers , mineurs ou dockers du Nord , ne trouvèrent point choquant du tout de se voir rembourser le manque à gagner et de toucher la semaine entière de leurs employeurs , qui avaient la gentillesse de ne pas tenir compte des heures perdues au rugby . Cette pratique , qui de nos jours , ne choquerait personne , provoqua un beau chahut , au sein de la très honorable Rugby Union à la fin du siècle dernier.Une véritable bataille d'Hernani eut lieu entre les industriels progressistes du Nord et les conservateurs de la gentry du Sud , Londres , Oxford et Cambridge en tête.
Les comtés de Nord , le Yorkshire , le Lancashire , le Cumberland et le Cheshire , n'appréciaient guère la direction Londonienne de la Rugby Union , qui les tenait pour des parents pauvres , bien qu'ils aient gagné régulièrement le championnat inter-comtés depuis sa création. Les Nordistes estimaient qu'ils n'étaient pas suffisamment représentés à la tête de la Rugby Union et qu'on délaissait leurs meilleurs joueurs , parce qu'ils 'étaient que de simples ouvriers , au profit d'universitaires d'Oxford et de Cambridge ne les valant pas sur le point sportif.
Lorsque les Nordistes demandèrent la reconnaissance du manque à gagner , les Sudistes s'indignèrent , le vote fut orageux et les Nordistes , battus de justesse , quittèrent la Rugby Union pour fonder , le 29 oût 1895
Au George Hotel à Huddersfield , la Northern Rugby Football Union qui devint la Rugby Football League en 1922.
Les clubs nordistes , libérés de la tutelle Londonienne , se lancèrent dans de vastes réformes . C'est ainsi qu'ils accordèrent à leurs meilleurs joueurs une prime de 7,50 francs-or par jour , tout en exigeant qu'ils conservent leur emploi. Dans les réformes du jeu lui-même , la plus spectaculaire fut incontestablement la réduction du nombre des joueurs.
Quelques années auparavant seulement, en 1877 , la Rugby Union avait adopté la diminution du nombre de joueurs de 20 à 15 , imposée dès 1873 par les Universités. Cette retouche avait été rendue indispensable
par les progrès athlétiques des joueurs , de mieux en mieux entraînés.
A l'origine , le rugby se jouait , classe contre classe , mais la confusion était grande , voilà pourquoi le nombre de joueurs fut bientôt limité à 20 puis à 15 . Que les Nordistes soient allés , plus loin encore , en supprimant les deux avants-ailes , c'était marcher dans le sens du progrès et bien des législateurs de la Rugby Union eussent sans doute apporté la même réforme , si précisément , les dissidents du Nord ne les avaient devancés. Quoi qu'il en soit , une nouvelle forme de rugby était née , un jeu moins complexe qui se voulait dépouillé de tous les temps morts de son aîné .Un jeu moins compliqué , plus athlétique , exigeants de ses adeptes plus de vitesse , plus de vitalité , plus de robustesse aussi et offrant en revanche beaucoup moins de temps de récupération.
La guerre des deux rugbys étaient née , sorte de petite guerre de religion
où l'antagonisme latent entre les orthodoxes et les réformés fit naître
parfois des passions aveugles.

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Message non lu par jouf2004 » 17 sept. 2005, 10:05

Enorme , fabuleux , des frissons partout (presque mieux que ma femme :roll: )
Putain c'est beau ces histoires....

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 17 sept. 2005, 23:48

RUGBY CHAMPAGNE
LA BATAILLE DE L'OVALE.
LA REVOLTE DE JEAN GALIA





Le rugby français est un grand pécheur devant l'éternel britannique.
N'étant pas toujours très orthodoxe , ses écarts de conduite lui ont valu d'être excommunié par deux fois , en 1913 et en 1931 .La perfide Albion
ayant jeté l'anathème sur la doulce France , les dirigeants treizistes d'Outre-Manche estimèrent que l'occasion était magnifique pour envoyer un corps expéditionnaire sur le continent . La venue des "Kangourous" en Angleterre , à l'automne de 1933, fut décisive . Le directeur de la tournée australienne , Harry Sunderland , l'Ecossais John Wilson , secrétaire général de la Rugby League et les très honorables Joe Lewthwalte , Walter Popplewell et Wilfried Gabbat qui devaient par la suite , se succéder à la présidence de la Rugby League.
Prendre contact avec des officiels de La Fédération Française de Rugby
cela n'était pas pensable , il fallait agir par la bande , tater le terrain.
John Wilson qui avait représenté la Grande Bretagne en cyclisme aux Jeux Olympiques de 1912 à Stockhlom , estima que le plus sage serait de prendre contact avec un des hommes connaissant le mieux la situation du sport en France , son ami Victor Breyer , membre de l'Union Cycliste Internationale et directeur de l'ECHO DES SPORTS . John Wilson et Harry Sunderland se mirent d'accord avec Victor Breyer pour organiser un match-démonstration, Angleterre-Australie , le 31 décembre 1933 au stade Pershing. Pour ce qui était de prendre contact avec des personnalitésdu rugby français , Victor Breyer conseilla aux émissaires d'Outre-Manche de voir un jeune journaliste responsable de la rubrique rugby à SPORTING et qui n'était autre que le regretté Maurice Blein.
Les dirigeants de la Rugby League voulaient inviter un groupe de rugbymen français pour faire en Angleterre une tournéee d'initiation.
- Pour conduire cette tournée , il vous faut non point un officiel en rupture de fédération , mais un joueur qui soit en même temps un chef audacieux et cet homme existe , c'est Jean Galia , affirma Maurice Blein.

Jean Galia était l'une des plus fortes personnalités que le rugby français ait produit , celui que les Anglais eux-mêmes avaient désigné comme le meilleur avant d'Europe. Grand rugbyman s'il en fût , et homme d'affaires avisé , Jean Galia , ce mois d'Octobre de l'an de grâce 1933 , était un homme en colère . La Fédération venait de le radier pour une ténébreuse affaire . Après avoir signé à Quillan pour 80.000 francs-or,sans que la justice fédérale ait bougé son glaive d'un pouce , Jean Galia était passé à
Villeneuve où l'avaient suivi les trois vedettes catalanes , Bardes ,Noguères, et Serre-Martin. Cela fit un beau remue-ménage dans la mare fédérale et plus d'une grenouille cria au scandale. Les limiers fédéraux se mirent en piste . On soudoya un postier villeneuvois , chargé de détourner , vers le tribunal fédéral , toute correspondance permettant
d'établir que les trois catalans n'étaient pas allés pour des prunes dans la capitale des pruneaux. Un beau jour , l'espion intercepta un télégramme
destiné à Noguères où il était question d'une "indemnité de déplacement" et qui était signé : Jean .
Comme pour tuer son chien on dit qu'il a la rage , les dirigeants fédéraux , qui n'aimaient guère la forte personnalité de Jean Galia , décrétèrent que ce Jean- là c'était Galia .Bien que celui-ci ait affirmé devant les juges fédéraux , et jusqu'à la fin de sa vie , qu'il n'était pas l'auteur du télégramme , il fut radié.
Dès ce jour-là , Jean Galia voulut une revanche éclatante .Contacté par les émissaires de la Rugby League , il accepta de voir le match Angleterre-Australie , le 31 décembre 1933 , à Paris.
Il faisait un froid glacial le jour de la Saint-Sylvestre mais , néammoins,
20000 spectateurs envahirent le Stade Pershing pour voir le match Australie-Angleterre .Malgré le terrain verglacé , la démonstration fut un triomphe , la nette victoire de l'Australie (63.13) , la vitesse du jeu des "Kangourous", stupéfièrent le public français.A la fin du match , John Wilson et Hary Sunderland retrouvèrent Jean Galia qui leur dit simpleme
nt:
- Pour quand voulez vous une équipe de France en Angleterre?
La tournée française fut fixée au printemps 1934 .
Jean Galia avait un tel prestige , qu'il n'eut aucune peine à rassembler dix-sept des meilleurs joueurs du moment pour partir avec lui à la découverte du néo-rugby. Les dix-sept pionniers qui , au début du mois de mars , allaient tenter l'aventure étaient les suivants:
GALIA ( C.A Villeneuve) RECABORDE ( Section Paloise) DUHAU ( S.A.Bordelais) SAMATAN (S.U.Agen) CARRERE ( R.CNarbonne) PORRA (LYON.O.U) BLANC ( Capbreton) PETIT (S.L.Nancy) MATHON ( Oyonnax)
LAMBERT (Avignon)BARBAZANGES (Roanne) NOUEL ( S.A.Bordelais)
CASSAGNEAU (Espéraza) AMILA (Lézignan) VIGNALS(Toulouse)DECHAVANNE(Roanne)et FABRE (Lézignan)
Les Galia's boys furent battus le 6 mars à Wigan (27.30) puis le surlendemain à Londres , à White City , par les London Highfields et encore le 14 mars à Leeds . Le 17 mars , à Warrington , premier match international entre la sélection française et une sélection de la Rugby League , et nouvelle défaite (16.32) .La tournée , bien que brève , épuisait
les Français qui découvraient un rugby ultra-rapide.
A Hull , le 24 Mars , pour leur cinquième match , les Galia's Boys obtenaient leur premier succés (26.23), mais nous ne pouvons pas tirer une gloire impérissable de cette première victoire des pionniers , car ceux-ci , n'étant plus qu'une douzaine encore valides , naturalisèrent illico un joueur de Burnley qui prit le nom d'Eugène Vignial et ce Vignial d'adoption fut le grand artisan du succés des hommes de Galia.
Enfin le voyage d'études se terminait à Salford par une lourde défaite (13.35) , le 26 mars 1934.
Cette tournée , pour peu brillante qu'elle fût , eut cependant un grand retentissement.Les relations étant rompues à XV avec les Britanniques , l'introduction en France du Rugby à XIII allait permettre au public français
d'assister à de nouvelles rencontres internationales dans le domaine du ballon ovale.
Dès le 6 avril , La Ligue Française de Rugby à XIII déposait ses statuts à la Préfecture de Police de Paris et , chose curieuse , son président était un pur breton : M.François Cadoret , député-maire de Riec- sur- Belon , les autres membres du Comité Directeur étant MM. Vinson , Galia , Bordeneuve , Machavoine , Meunier , Delblat , Bernat , et Maurice Blein.
La Ligue concluait aussitôt un France -Angleterre pour le 15 Avril au Stade Buffalo . Le succés populaire fut énorme .Des centaines de personnes ne purent entrer dans un stade archi-comble . La FFR envoya quelques perturbateurs pour faire du chahut mais ils faillirent se faire lyncher par le public.
De nombreux joueurs enthousiasmés, par le nouveau jeu qu'ils découvraient , suivirent la trace de pionniers de Jean Galia .La ligue , recevant les adhésions par centaines , voulut battre le fer pendant qu'il était chaud , c'est pourquoi elle demanda à l'Angleterre de lui envoyer la très forte sélection du Yorkshire . Cette tournée devait mener les Anglais le 5 Mai à Buffalo , le 6 à Villeneuve , le 10 à Bordeaux et le 13 à Pau.
Pourtant elle débuta le 1er Mai par Lyon car déjà Maurice Tardy , alors modeste représentant en roulements à billes , était atteint par deux virus : celui du rugby à XIII et celui de l'organisation. Si depuis , les roulements à billes ont si bien roulé qu'ils ont placé l'ami Maurice à la tête d'une situation enviable , à l'époque , celui-ci n'avait pour toute fortune qu'une ROSENGART ...qu'il n'avait pas fini de payer.
Maurice Tardy n'a jamais manqué d'audace .Pour organiser ce match , il n'hésita pas à offrir à la Ligue , une garantie de 30.000 francs...qu'il n'avait pas , et à signer un contrat d'exclusivité avec le stade de Lyon-Villeurbanne ...pour cinq ans.

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Message non lu par CARLAW PARK » 17 sept. 2005, 23:51

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Message non lu par CARLAW PARK » 17 sept. 2005, 23:56

wigan 10 mars 1934 " les pionniers sont reçus à la Mairie de WIGAN;
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Message non lu par CARLAW PARK » 17 sept. 2005, 23:58

warrington -mars 1934 -
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Message non lu par CARLAW PARK » 18 sept. 2005, 00:01

George Hotel . Huddersfield Décembre 81
Gaston Amila , le lézignanais "pionnier" 47 aprés devant la plaque commémorative de la fondation de rugby à XIII.
sources : le rugby à XIII , le plus Français du monde (L.Bonnéry)
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Message non lu par CARLAW PARK » 18 sept. 2005, 01:48

RUGBY CHAMPAGNE
LA BATAILLE DE L'OVALE

LA REVOLTE DE JEAN GALIA ( SUITE )



Le 1er mai au matin , Maurice Tardy se leva à la pointe du jour pour scruter le ciel et lire les journaux . Il dégringola donc de sa mansarde à 5 heures avec l'idée d'acheter aussi un brin de muguet , afin de mettre tous les atouts dans son jeu. Il pleuvait des cordes et les gazettes lyonnaises annonçaient une grève générale des tramways... C'était la catastrophe !
Avec son brin de muguet , il remonta à son cinquième , résigné à la perte de sa ROSENGART et même à la paille humide des cachots.Mais , dès ce jour-là , on eut la preuve flagrante que Maurice Tardy était né sous une bonne étoile.La pluie s'arrêta miraculeusement sur le coup de midi , la grève des tramways fut différée , le recette s'éleva à 57.000 francs et l'on vit débuter celui qui allait devenir le plus grand parmi les grands :
Max ROUSIE , notre cher " Maxou" qui remplaça successivement les "pionniers" Vignals à la mêlée , puis Amila à l'ouverture. C'était un succés énorme , mais Maurice Tardy céda , avec un certain soulagement , ses cinq ans d'exclusivité du stade Lyon-Villeurbanne à
M.Pancera , organisateur de boxe et de course de Speedway et grand
ami de Delblat , directeur du stade Buffalo.
La tournée du Yorkshire fut triomphale et fit éclore des clubs treizistes.
Le S.A Villeneuve suivit Jean Galia et Max Rousié et passa à la Ligue en bloc. Une fraction du S.A Bordelais , avec à sa tête MM.Loze, Queheillard, Pelot et Rosenblat , quittait la FFR et fondait Bordeaux XIII . Encouragés par les "pionniers" Dechavanne , Duhau et Petit , Gustave Placé, qui avait fait un riche héritage et un jeune industriel, qui allait devenir un des rois du tricot , Claude Devernois , montaient la constellation de RoanneXIII. A Perpignan , c'était le terrible Marcel Laborde , toujours prêt à rompre une lance, qui fondait le XIII Catalan. Le Rugby à XIII montait en flèche et faisait sortir le ballon ovale d'un championnat qui sombrait dans la médiocrité d'un jeu stérile , privé du rayonnement des luttes internationales. Même Paris était gagné par la fièvre treiziste . MM.Drouets et Clemenceau , que les étudiants frondeurs avaient baptisés
les "Croque-morts" , à cause de leur allure sévère et de leurs vêtements sombres , montraient qu'ils ne manquaient pas de vitalité et fondaient
Paris XIII.
Le sport n'avait pas alors le visage souvent austère qu'on lui connaît aujourd'hui et l'avènement de rugby à XIII fut accueilli joyeusement au Quartier Latin . Cette guerre naissante des deux rugbys devait être , on s'en doute , l'occasion de magnifiques coups -fourrés des étudiants.
Les plus turbulents , mécontents du trop grand rigorisme qui régnait , à leur gré , au sein du PUC fondaient le Q.E.C ( Quartier Etudiant Club)
présidé par Louis Jacquinot , plus célèbre , par la suite , comme ministre.
On y remarquait celui qui allait être le fameux compositeur Francis Lopez , un jeune chanteur qui devait atteindre , lui aussi, à la célébrité sous le nom d'André Dassary et un étudiant des Beaux-Arts qui allait devenir notre excellent confrère et grand ami Loys Van Lee Par respect
pour la vérité historique , nous sommes obligés de révéler à ses nombreuses et jeunes admiratrices que le beau"Lolo" fut le premier joueur ayant marqué en France un essai treiziste.C'était en lever de rideau du fameux match France-Angleterre en 1934 à Buffalo.
Van-Lee était international scolaire d'athlétisme et un trois- quarts aile rapide. Personne ne reconnut le beau Loys à la blonde chevelure de dieu Viking , quand il s'aligna pour la match Q.E.C / S.O.P , avec une barbe et une perruque de vieux moujik négligé , sous le nom d'Eloysa.La partie d'Eloysa fut mémorable.Alors qu'il filait marquer le premier essai treizis
te de l'histoire pour le compte du Q.E.C , un joueur du S.O.P , au prix d'un effort désespéré parvenait à sa hauteur , allongeait la main pour le saisir au maillot mais ses doigts n'accrochaient que le bas de la perruque.
Lorsqu'il vit que les cheveux d'Eloysa lui restaient dans la main, le malheureux , horrifié , tomba raide en pamoison.
Ce furent auusi Van Lee et ses amis qui, pour faire ripaille chez Capoulade vendirent à Paris XIII pour la coquette somme de 1000 francs
pièce , deux internationaux d'athlétisme qui jouaient au Q.E.C : Levier et Dessus.
Comme dans un funiculaire , la montée treiziste était accompagnée par la descente quinziste . Le néo-rugby , clair , rapide, pétillant , attirait une à une toutes les vedettes quinzistes lasses de pauvres matches internationaux contre l'Allemagne ou la Roumanie . La Ligue venait de découvrir un attaquant de génie , un jeune basque nommé Jean Dauger qui allait faire , avec l'incomparable Max Rousié,un tandem monumental.
Un autre attaquant , le catalan Jep Desclaux , passait à treize et c'est ainsi
que le XIII de France , devenu la véritable expression du rugby national , battait l'Angleterre 12 à 9 chez elle pour la première fois,le 25 février 1939.Juste revanche , la victoire des Tricolores sur l'éternel ennemi d'Outre-Manche était obtenue....à Saint Helens . Tandis que la Ligue triomphait , la F.F.R dans son congrès de Marseille , le 24 juin 1939 constatait que ses effectifs avaient fondu comme neige au soleil.
Ses clubs n'étaient plus que 471 ; on en comptait 784 en 1930!
Que serait-il advenu du Rugby à XV de ce côté de la Manche , sans la seconde guerre mondiale?Il peut sembler paradoxal que la guerre d'abord , l'occupation ensuite , aient sauvé la F.F.R.
La deuxième guerre mondiale amena , plus de force que de bon grè , ces messieurs de l'International Board à donner l'absolution . Voyons ! en pleine Entente cordiale , alors que la France et l'Angleterre étaient côte à côte sur le même front , et que beaucoup de Français s'étonnaient de voir
l'Angleterre envoyer aussi peu de Tommies sur les bords du Rhin , on n'allait pas se regarder en chiens de faïences pour cette facheuse affaire de 1931 où l'International Board , ne trouvant pas nos joueurs suffisamment gentlemen , avait rompu les relations!
Ainsi donc , après quelques interventions de certaines personnalités du Quai d'Orsay auprès de leurs confrères du Foreign Office , nos amis britanniques nous envoyèrent un corps expéditionnaire , un des rares disent les mauvaises langues.Pour montrer son souci de coopération, la F.F.R décida de recevoir les soldats -rugbymen de Sa Très Gracieuse Majesté britannique , au Parc des Princes .
Mais si , au camp du Drap d'Or , notre François 1er avait fait toucher les épaules à Henry VIII , ici les Tricolores ne touchèrent pas terre.
Le XV de France n'était guère costaud à ce moment-là.Les Britanniques
lui infligèrent un cuisant 36-3! Nos dirigeants étaient heureux tout de même
; ils pouvaient , cette fois sans mentir ( comme cela leur arrive parfois pour ne pas réveiller la susceptibilité des dignes gentlemen) affirmer que les Britanniques restaient nos maîtres incontestés. Cela valait bien une reprise sans doute...
Assurément les catastrophes réussissaient bien à la F.F.R .La guerre lui avait rendu un indispensable adversaire .L'occupation allait la délivrer d'un indésirable et dangereux rival .Au nom de qui , au nom de quoi , par quelles influences , par quelle sombre machination , en vertu de quels principes , le 29 décembre 1941 le gouvernement de Vichy décida-t-il de prononcer un décret de dissolution à l'encontre d'un seul sport:
le rugby à XIII ,
Je sais bien que la poussière du temps estompe plus d'une injustice, mais quand, ceux qui aiment le sport et non pas une chapelle , pourront-ils oublier ce décret du Gouvernement de Vichy?

Secrétariat d'Etat à l'Education nationale et à la Jeunesse.

N°5285 - Décret du 19 décembre 1941 ,portant dissolution de
l'association dite Ligue Française de Rugby à XIII
- Nous , Maréchal de France , chef de l'Etat français ,
- Vu la loi du 20 décembre 1940 relative à l'organisation sportive
- Sur la proposition du secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à
la jeunesse ,
Décrétons :

Art 1 - L'association dite Ligue Française de Rugby à XIII, dont
le siège est à Paris 24 ,rue Drouot , est dissoute , l'agrément
lui ayant été refusé.
Art2 -Le patrimoine de l'association dissoute , en vertu du
précédent article , est transféré , sans modification , au Comité
National des Sports qui en assume toutes les charges et qui sera
représenté aux opérations de liquidation de son secrétaire général
M.Charles Denis , officier de la Légion d'honneur.
Art3 - Le secrétaire d'Etat à l'Education nationale et à la
Jeunesse est chargé de l'exécution du présent décret qui sera
publié au journal Officiel.
Fait à Vichy
le 29 décembre 1941
Ph . PETAIN


Pour le Maréchal de France
Chef de l'Etat Français
Le Secrétaire d'Etat à l'Education nationale
et à la Jeunesse.

Jérôme CARCOPINO.


Qui joua ici le rôle de Lady Macbeth ? Mystère !
Mais une chose demeure : la guerre des deux rugbys se termina
par un assassinat . Et tous les parfums de l'Arabie...

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 18 sept. 2005, 01:49

max rousie
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Message non lu par CARLAW PARK » 18 sept. 2005, 10:06

RUGBY CHAMPAGNE
LA BATAILLE DE L'OVALE

LE RAPT DE PAUL BARRIERE




La paix revenue , les hostilités reprirent entre les frères ennemis.
Le diabolique Marcel Laborde fut parmi les premiers à déterrer la hache
de guerre. Notre machiavélique Catalan sentait pourtant ses forces décliner , il voulait transmettre le flambeau à peine rallumé à quelqu'un de plus jeune, car il savait que la lutte serait dure , acharnée , pour que le rugby à XIII retrouve sa place au soleil. Il était persuadé qu'un jeune de ses amis , Paul Barrière , ancien chef des maquis de l'Aude aurait l'audace , la santé , la tenacité , pour relancer cette machine tombée au
point mort .Un jour de l'automne 1944 , il fit appeler le jeune Paul à son chevet. Marcel Laborde se mourait et c'est des mains d'un agonisant que Paul Barrière prit un dossier à porter de toute urgence à Paris , au Comité National des Sports . Paul Barrière monta dans la capitale . Après avoir longuement attendu dans l'antichambre du C.N.S , un employé vint lui répondre que le dossier du Rugby à XIII n'était pas près d'être accepté.
- Et pourquoi donc ? demande-t-il .
- Ce serait trop long à vous expliquer.
- Rendez - moi le dossier . Je ne connais pas grand chose au Rugby à XIII , mais désormais je m'intéresse à lui.
Paul Barrière rentra , par le premier train , à Perpignan où il apprit avec
stupéfaction , que Marcel Laborde avait repris ses fonctions de Président de la Chambre de Commerce . Il y fut d'un saut , expliquant à son vieil ami qu'il était révolté et prêt à entrer dans la lutte.
Marcel Laborde , dont le corps chétif était enfoui dans l'immense fauteuil présidentiel , avait un sourire sardonique au coin des lèvres . Paul Barrière en fut interloqué.
- Mon cher Paul , je savais ce qui allait arriver. Moi ces choses-là ne m'étonnent plus , comment pourraient-elles m'indigner? Alors j'ai usé d'un petit stratagème. Comme je ne suis jamais bien portant , je n'ai eu aucune peine à faire semblant d'être malade . Ainsi je t'ai obligé à plonger dans le bain brûlant du Rugby à XIII . Tu es jeune , passionné , téméraire .Paul , tu seras un grand président , le plus jeune des présidents de France.
Marcel Laborde , une fois encore, vit juste . Paul Barrière fonça , parfois aveuglément , comme ces taureaux Miura qui baissent les cornes dès que
l'on agite la muleta . Il perdit sa fortune , mais avec Claude Devernois , son frère d'armes , il réinstalla le Rugby à XIII en plein soleil.
Ce que firent Paul Barrière et Claude Devernois pour la restauration du
Rugby à XIII , un livre entier ne suffirait pas à en conter les péripéties.
Une des aventures les plus mouvementées fut le passage de Puig-Aubert,
le nouvel enfant-roi de Perpignan, dans les rangs de Carcassonne la Treiziste.
Puig-Aubert était condamné à un destin hors série. Dès sa naissance il se distingua. Le futur "Pipette" Catalan de vieille souche , naquit non pas au pied du Castillet mais à Andernach , petite ville de Rhénanie. Ainsi donc, avant de porter le blason " sang et or" , le petit Aubert connut-il l'or du Rhin.Précisons que s'il fit ses premiers pas au pays de Siegfried et des Walkyries et non aux accents de le sardane , ce fut tout simplement parce que Monsieur Jean Puig était ( avec Madame) , en occupation du coté de Cologne. Pous simplifier les démarches d'état civil , Aubert Puig fut déclaré à la mairie d'Arles-sur-Tech . Ainsi la "race" récupérait un de ses plus fameux rejetons.
Jean Puig , comme tout catalan digne de ce nom, était un passionné du rugby. Membre de l'U.S.A.Perpignan , il n'eut aucune peine à transmettre à son fils l'amour du ballon ovale. Le jeune Aubert Puig débuta donc à quinze ans à l'Avenir Perpignanais.
Cette petite équipe comptait parmi ses juniors deux autres gaillards turbulents qui allaient , eux aussi , faire parler d'eux: Gaston Comes et Joseph Crespo. On comprend que ce club modeste ait été champion du Roussillon de 4éme série en 1941. L'année suivante , Aubert Puig passait aux juniors de l'U.S.A.P.
Maigre comme un pique-feu , le jeune Aubert aimait déja fumer la cigarette. Comme l'herbe à Nicot était rare en ces temps de disette , Aubert ne roulait que des minces cigarettes , des "pipettes" et il en roula tant que bientôt "Pipette" devint son légendaire surnom.
Avoir un nom , c'est beau , mais un surnom classe son homme dans le monde du rugby et celui de "Pipette" allait devenir le plus célèbre , le plus illustre de sa génération.
Au cours de la saison 1943-44, l'U.SA.P se trouva sans arrière . Elle appela donc , en première le jeune prodige des juniors , contre le, S.U. Agen. Comme il y avait déja un Puig dans l'équipe , Aubert Puig devint
Puig-Aubert. Il garda le poste et ne put se séparer de son nouveau patronyme . Ainsi à dix-neuf ans , ce gamin haut comme trois pommes , accusant à peine 55 kgs avec ses souliers à crampons, ébahit le public
de la capitale , lors de la fameuse finale U.S.A.Perpignan-Aviron Bayonnais. Le train de supporters catalans avait été retardé par les alertes , nombreuses en ce printemps 1944. Lorsque les centaines d'aficiniados arrivèrent essouflés , aux grilles du Parc des Princes avec leurs gourdes et leurs fanions , ce fut pour se heurter à la marée humaine sortante,qui portait aux quatre coins de la France le nom de Puig-Aubert.
Comment , après un tel triomphe , Puig-Aubert n'eût-il pas attiré les chasseurs treizistes lorsqu'ils décidèrent , après la libération, de passer à l'attaque?
Paul Barrière eut de nombreuses entrevues avec la famille Puig , afin que le jeune "Pipette" signât à treize .L'intéressé , sa mère et un cousin étaient pour; le père en revanche , restait farouchement contre.
Un dimanche d'automne , M.Jean Puig partit à la chasse de bon matin,
Paul Barrière aussi.
Sans en parler à son père , "Pipette" fortment encouragé par son cousin , avait accepté d'aller jouer à treize à l'A.S.Carcassonne.Paul Barrière vint donc le chercher à l'aube .Nouant les draps de son lit ,"Pipette" s'éclipsa sans tambour ni trompette , pour ne pas alarmer sa mère.
Si Paul Barrière avait fait bonne chasse , Jean Puig revint bredouille ce jour-là.
A l'heure apéritive , le père Puig s'arrêta au Palmarium , place Arago , pour boire un Banyuls et discuter avec ses amis de la composition de l'équipe qui, l'après-midi même, devait rencontrer le T.O.E.C. Les supporters de l'U.S.A.P avaient l'air renfrogné . Le béret avancé sur le front indiquait la gravité de la situation.
- Mais qu'est -ce que vous avez ? demanda Jean Puig
- Tu es bien , comme les cocus , le dernier averti!
Il y a que ton vaurien de fils , pendant que tu tirais les perdreaux , a pris la poudre d'escampette. A l'heure où nous sommes , il doit être au diable du coté d'Espéraza ou de Carcassonne.
Par respect pour le lecteur , nous tairons ici les jurons que Jean Puig prononça ce jour-là. Tous ceux de la langue catalane y passèrent , et Dieu sait qu'ils sont nombreux!
Il jurait encore lorsqu'il pénétra à la gendarmerie pour porter plainte contre Paul Barrière.
- Plainte pour quoi ? dit le brigadier
- Pour rapt d'enfant , jeta Jean Puig du haut de sa colère.
L'après -midi , Puig-Aubert se préparait à jouer avec Carcassonne son premier de match de Rugby à XIII contre Béziers . Paul Barrière attendait avec impatience les débuts de son oiseau rare,lorsque deux gendarmes
se présentèrent à lui devant les vestiaires.
Ah! Si les gendarmes avaient été de Saint -Quentin ou de Morlaix , les choses se fussent probablement passées différemment!Mais voilà ils étaient de Carcassonne...
- Bonjour , M'sieu Barrière ...Nous sommes ennuyés...C'est que...
Nous avons reçu l'ordre de vous conduire à la gendarmerie...
- Eh bien , mes amis , allons-y! Mais je crois qu'il doit y avoir une méprise , répliqua Paul Barrière , de l'air assuré qui était le sien.
Il n'obtint pas une réponse immédiate car, malgré les apparences, il y avait une tempête sous les képis des dignes représentants de la maréchaussée de l'Aude. Une sorte de débat cornélien entre le Devoir
, qui voulait que l'on emmenât Paul Barrière manu militari s'expliquer devant le capitaine , et l'Envie qui les poussait à voir le match de rugby.
Eh oui ! Comme dirait le pôète , pour être gendarme on n'en est pas moins homme et , le dimanche ,en Languedoc , un homme ne saurait être privé de rugby après le pousse- café.
Il y eut un silence et l'un des gendarmes avança:
- C'est que les formalités chez nous , vous savez , c'est parfois long et nous pouvons bien rater le match.
- Messieurs , je suis un homme d'honneur. Vous avez ma parole que je ne m'échapperai pas , mais pour que vous fassiez votre devoir tout en assistant au match de rugby,je crois que le mieux serait de vous placer à mes côtés , sur le banc de touche . Nous irons à la gendarmerie après...
Nos gendarmes ne furent pas insensibles à des arguments aussi logiques que pratiques: ils voyaient le match et ils veillaient sur le prévenu.Avant de se constituer prisonnier , Paul Barrière alla aux vestiaires féliciter l'enf ant-prodige . Lorsque " Pipette" sut que le président était poursuivi pour "rapt d'enfant" , il s'écria:
- Ce n'est pas possible , papa a fait cela sur un coup de colère , sans en parler à maman .Or, chez nous , c'est elle qui commande! Je vais lui téléphoner.
Il faut croire que l'autorité matriarcale était grande dans la famille Puig car,quelques instants plus tard , la gendarmerie de Carcassonne était avisée que M.Puig Jean retirait sa plainte.
Ainsi commençait la nouvelle carrière de Puig-Aubert , l'incomparable
"Pipette" qui, lors de la première croisade du XIII de France en Australie,
s'imposait comme le plus grand arrière de tous les temps.

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 11:07

RUGBY CHAMPAGNE

AVENTURES DANS LES MERS DU SUD


Nous ne craignons rien sinon que le ciel ne tombe sur nos têtes.

Les Gaulois.




L'Australie c'est plus qu'une nation , c'est un continent perdu au bout du monde qui regarde notre vieille Europe avec la sympathie et l'admiration que l'on porte aux musées.
Ceux qui n'aiment pas la franchise un peu rude des "Aussies" déclarent:
- L'Australie est grande comme l'Europe ,y compris la Russie , peuplée comme la Belgique et elle se prend pour les Etats-Unis.
Sans doute cette fierté australienne , pour tout ce qui est australien ,agace un peu mais , après tout , n'est-elle pas légitime dans ce
pays trop neuf qui est passé tout droit des lents chariots des pionniers à l'âge de l'aviation? Sur le continent , la préhistoire a survécu , mais l'homme n'ayant pas laissé de passé , est tourné tout entier vers l'avenir.

Avec la rapidité épidémique propre aux pays neufs , la Rugby League a gagné une puissance colossale aux antipodes.
Mais ce fut une bien étrange conquête.

En 1905 , l'équipe de rugby à XV de Nouvelle-Zélande , les fameux "All Blacks", en tournée en Grande Bretagne , avait vu jouer quelques matchs de rugby à XIII dans les comités du Nord de l'Angleterre;
Les "All Blacks" avaient été séduits par cette forme nouvelle de rugby, dont ils ignoraient l'existence.De retour en Nouvelle-Zélande , Georges Smith et A.H Baskerville , deux des plus fameux attaquants que les "All Blacks" aient jamais possédés , décidèrent d'organiser un voyage en Angleterre pour étudier ce néo-rugby.Le projet fut rapidement mis à exécution.Ils partirent d'Auckland pour l'Europe via Sydney avec vingt-cinq des meilleurs joueurs néo-zélandais.Ces pionniers d'un nouveau genre s'étaient appelés les "All Golds"; ils portaient le maillot jaune pour contraster avec la tenue endeuillée des "All Blacks".
Il ne faudrait pas croire pourtant que la casaque dorée fût un signe extérieur de la richesse des "All Golds". En fait, chacun des pionniers dut verser 50 livres pour frais de route , ce qui les condamnait à une vie ascétique tout au long de ce périple de cinq mois.
Fort heureusement pour eux, ces aventuriers allaient trouver un secours providentiel à Sydney , en la personne de la Rugby Union Australienne
qui leur proposait de disputer trois matches à quinze , contre de fortes sélections et pour des sommes rondelettes.L'excommunication étant alors
inconnue , nos "All Golds" désargentés ne se firent pas prier.
Ils flanquaient trois raclées aux australiens et mettaient 1000 livres dans la caisse commune ,de quoi alimenter l'ordinaire de la vie anglaise par quelques bonnes pintes de bière.
Baskerville pouvait même s'offrir le luxe de renforcer son équipe en invitant le plus célèbre rugbyman d'Australie:Dally Messenger dit
"The Master".
Séduit par l'aventure ,"The Master" s'embarquait aves les"All Golds"
sur le steamer"Ortona" le 24 août 1907. Les "All Golds" firent une remarquable campagne en Angleterre , remportant la série des tets avec deux victoires et une défaite et un total de 19 succès sur 34 matchs.
De retour aux antipodes , Baskerville et Messenger devaient prendre résolument la tête du mouvement treizsite en Nouvelle-Zélande et en Australie.
Baskerville trouva un chemin difficile dans une Nouvelle-Zélande accrochée à ses traditions fraîchement importées des Iles Britanniques.
Pendant ce temps , Messenger avançait sur une voie triomphale dans la dynamique Australie.Rapidement , la Rugby League devenait un colosse grâce au développement du néo-rugby allié à celui des "poker machines"
autrement dit des machines à sous.
L'Australie , pour devenir un grand état moderne , a besoin de tous ses bras, aussi l'ouvrier australien est-il bien payé. Il mène une vie aisée et possède sans doute un des plus hauts standards de vie du monde.
Dans ce pays immense , éloigné des grands courants , les distractions sont rares. C'est pourquoi l'Australie a attrapé deux passions : le sport et le jeu. Empêcher un Australien de jouer équivaudrait à priver le Français
de la liberté de boire un coup quand bon lui semble , et surtout lorsqu'il n'a pas soif. De récentes statistiques ont prouvé que l'Australien était le plus grand joueur de la terre.
Un proverbe dit : un Australien seul, boit de la bière , deux Australiens font un pari , trois Australiens se mettent en grève.A Sydney on tire une loterie tous les jours , on se presse aux champs de courses et au rugby.
On joue sur tout : le résultat du match , le premier marqueur de chaque camp , la réussite d'un but ou le nombre officiel de spectateurs , tout est prétexte à paris. Enfin il y a les fameuses" poker machines" .Pour éviter les excès , le gouvernement ne les a autorisés que dans les clubs privés.

l a Rugby League Australienne , depuis sa fondation en 1907 , au retour de Dally Messenger , fut présidée , pendant cinquante-trois ans par un seul homme : Harry Flegg dit "Jersey" qui, lors de la tournée des tricolores en 1960, était encore , à quatre-vingt-sept ans , l'enfant terrible du rugby en même temps qu'un patron énergique.
Dans une de nos nombreuses entrevues , "Jersey" Flegg me confia de sa voix rauque :
- La Rugby Leaque , c'est ma religion! Je mourrai heureux car j'ai pris un nouveau-né et je l'ai aidé à devenir Hercule.
Oui , "Jersey" Flegg est mort comblé .Il a réalisé sa destinée comme peu d'hommes ont pu le faire.Harry Flegg a toujours conduit la Rugby League
avec le dynamisme des capitaines d'industrie.Lorsqu'il sut que le gouvernement de Nouvelles Galles du Sud permettait l'installation de "poker machines" dans les clubs privés ,il persuada les dirigeants
de la Rugby League de bondir sur l'occasion.
Ce fut la manne céleste.Une pluie de shillings s'abattit abondante,et continue sur les clubs de la Rugby League.
Le siège central à Sydney est aujourd'hui d'une richesse prodigieuse.
En plein coeur de la City , donnant sur les rues principales de ce petit Manhattan du Pacifique : Philip Street et Elisabeth Street, l'immeuble de la Rugby League élève ses huit étages au-desus de quatre sous-sols.
L'intérieur est ultra-moderne et renferme douze ascenseurs , un hôtel, deux théâtres, dix bars,des salons,des salles de billard, un bowling où les 7500 membres ont seuls le droit de boire , danser,assister aux spectacles, lire ,écrire,fumer , se distraire et enfin mettre leurs shillings dans l'espérance , souvent illusoire , des "poker machines".
Enviant ces 7500 élus du Gotha de Sydney , des centaines d'Australiens attendent que la mort d'un des membres leur donne-droit d'entrée.
Ainsi , même les lettres de faire-part sont des feuilles de revenus pour la Rugby league puisque, tandis que le disparu obtient un bail pour l'éternité , le nouvel arrivant paye cash sa concession à la bonne vie du club de la New South Wales Rugby league.
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CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 14:33

AVENTURES DANS LES MERS DU SUD.

( suite )

Jusqu'en 1951 , quand un "kangourou" partait jouer en Europe et venait visiter la France , il avait l'habitude de toiser nos joueurs avec une certaine condescendance , d'autant plus que les tricolores n'avaient jamais réussi à les battre en match international.
En 1938 , à Paris et à Marseille les "Aussies" avaient gagné les deux
tests : 35 à 6 pour fêter l'an neuf et 16 à 11 , seize jours après , avant de s'embarquer sur les quais de la Joliette. Et poutant , c'était l'époque des
Rousié , Dauger , Noguères , Chaud , Durand , Brinsolles , Brunetaud,
Guiral , et autres Antoine Blain .
En 1949 , même tabac : 29 à 10 à Marseille pour débuter et 10 à 0 pour terminer , à Bordeaux , alors que le XIII de France s'enorgueillissait de ses Dop , Crespo , Comes , Calixte , Brousse , Martin , Beraud , Mazon ,
Contrastin , Caillou , Dejean et autres Bartoletti . Mais , tout de même ,
ces "Frenchies " avaient une chose qui devait plaire au public des antipodes: la personnalité.
Alors l'Australie les invita. Les dirigeants français eurent l'audace d'accepter l'invitation australienne en payant tous leurs frais de voyage et de séjour , se contentant d'être défrayés par un pourcentage sur les recettes. Ainsi , quoi qu'il advînt , la Rugby League Australienne ne faisait
pas un mauvais marché.

En France , cette expédition aux antipodes,c'était la plus audacieuse des
aventures jamais tentée par une équipe nationale dans n'importe quel sport.
Paul Barrière et Claude Devernois avaient pris tous les risques et ils avaient trouvé , pour les partager, un homme aussi fou qu'eux , mon vieil
ami , Antoine Blain , international à XV et à XIII et journaliste sportif depuis la fin de la guerre. Peut-être parce qu'il a un mélange explosif de sang basque et catalan , à moins que le "Sultan" Sebedio , son beau-père
lui ait légué , en guise de dot, une part de son extraordinaire tempérament , une chose est certaine : mon ami Antoine Blain est une sorte de surhomme , curieux assemblage de force bestiale , d'humour gaulois et britannique à la fois , de vive intelligence ,de dynamisme débordant et d'une incroyable puissance de travail. Avec ça , gai luron,
capable de vider au choix douze pintes de bière ou deux douzaines de
whiskies , et de faire en public quelques jolis tours de prestidigitation.
L'on comprendra qu'Antoine Blain était bien l'homme qu'il fallait pour diriger cette expédition.
Lorsque Adolphe Jauréguy le vit , avant son départ , il lui dit :
- Quand je pense que tu t'embarques ainsi pour l'inconnu, je me demande si tu n'es pas fou.
- Tiens , tu parles comme ma femme , lui répliqua Antoine en riant.

L'expédition française s'envola de Marignane le lundi 14 mai à midi.
La petite troupe était forte de 30 membres:
Antoine Blain , directeur
Jean Duhau et Robert Samatan , entraîneurs
et 27 joueurs .
Arrières : Puig-Aubert ( Carcassonne) et Maurice André( Marseille)
Ailiers : Constrastin et Lespes ( Bordeaux ) Cantoni ( Toulouse)
Centres : Merquey ( Marseille) Comes ( Perpignan) Caillou (Toulouse)
Crespo ( Lyon )
Demis d'ouverture: Bellan ( Lyon) Galaup ( Albi)
Demis de mêlée : Dop ( Marseille) Duffort ( Lyon)
Troisièmes lignes : Perez ( Toulon) Calixte ( Villeneuve) Lopez(Cavaillon)
Deuxièmes lignes : Brousse et Montrucolis ( Lyon ) Ponsinet ( Carcassonne) Delaye ( Marseille)
Piliers : Mazon ( Carcassonne) Beraud et Rinaldi ( Marseille)
Bartoletti ( Bordeaux)
Talonneurs: Martin ( Carcassonne) Genoud ( Villeneuve) Audoubert(Lyon)

En fait , ils ne partirent que 29 ce 14 mai à midi , car le jeune Galaup ,
alors militaire , n'avait pas encore reçu sa permission. Il devait rejoindre
ses camarades à Sydney une semaine après.
Ce fut un départ modeste , sans ces débauches de cameras des grands
adieux . Une photo , une simple photo , souvenir que l'on croyait destiné
davantage à l'album de famille qu'à la postérité, et ce fut tout.
Quelques semaines après , les Australiens affirmaient que nos joueurs
étaient la plus grande équipe de l'histoire du néo-rugby.

Tchoupi
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Message non lu par Tchoupi » 19 sept. 2005, 15:54

Formidable CP !

Dommage que ce bouquin soit épuisé !

Pour infos, la photo de Max Rousié a été prise lors d'un match à..La Cipale, la "maison" de Paris XIII ! :lol:

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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 15:54

RUGBY CHAMPAGNE
AVENTURES DANS LES MERS DU SUD



UN CERTAIN PUIG-AUBERT



Des rugbymen de France , en Australie , c'était un sujet de curiosité semblable à celui de l'arrivée des Persans à Versailles , au temps de Montesquieu.
Avant de les exhiber devant la foule immense du Sydney Cricket Ground, on leur permit de se roder un peu par trois matches dans les Nouvelles
-Galles du Sud .Les Tricolores obtinrent ainsi trois succès.
Le premier confortable , à Canberra devant Monaro Division (37.12)
le second , difficile à Newcasltle (12.8) , le troisième enfin , pénible
(26.24) , face à la sélection de la Province Ouest à Forbes.
Enfin, arriva le jour où le peuple de Sydney vint découvrir l'équipe de France dans le temple du Cricket Ground , aux curieuses tribunes, agrémentées de clochetons dont le style rococo témoignait de la prospérité ancestrale du Rugby à XIII sur les bords du Pacifique.
Les Tricolores avaient établi leur quartier général dans le modeste
Olympic Hotel, juste en face du stade , de l'autre côté de Moore
Park Road, coupée en deux par une allée de palmiers. Ils avaient
regardé avec étonnement le public massé dans les tribunes depuis 9 heures du matin, heure de l'ouverture des portes. Seule la tribune de
20000 places , celle des "Membres" , était déserte.
Les heureux possesseurs de la plaquette de métal , leur attribuant
une place à vie contre quelque 200 livres , s'attardaient dans le bar
qui leur était réservé sous la tribune, salle tenant du salon par la fumée
et l'odeur de bière , et du hall de la gare Saint-Lazare par l'immensité.
La douce bière blonde australienne coulait à flots sur le comptoir géant et les garçons étaient vraiment sous pression. Le brouhaha s'éteignit lorsque l'Equipe de France , conduite par Antoine Blain, Jean Duhau et Bob Samatan, passa devant la grande porte d'entrée pour pénétrer ,juste
en façe , dans son vestiaire.
C'était un curieux vestiaire , vaste , confortable. D'abord une grande pièce vitrée , avec un balcon spécial,où toute l'équipe pouvait s'asseoir pour suivre les matchs préliminaires.C'était une sorte de salon véranda
pour se détendre et recevoir la presse et les officiels.
Au mur , de vieilles photos encadrées: Dally Messenger " The Master"
, le Sydney Cricket Ground plein comme un oeuf un jour d'Australie- Angleterre. Derrière , deux vastes pièces où les joueurs se déshabillaient
et se faisaient masser et, sur une sorte de plate-forme, en entresol, les douches et les bains.
- Putain ! C'est mieux qu'à Carcassonne, lança Puig-Aubert, pour plaisanter.
Mais l'équipe de France n'avait pas la coeur à se distraire. Ce cadre,
cette foule, cette ferveur, l'ovation qui avait accueilli l'apparition des
Français au balcon, tout cela était tellement inhabituel que les plus
frondeurs sentaient qu'ils allaient jouer la tournée à quitte ou double.
L'équipe de Sydney était aussi forte que celle d'Australie.
En gagnant contre Sydney , l'équipe de France pouvait faire la conquête
de tout le continent...............
Modifié en dernier par CARLAW PARK le 19 sept. 2005, 16:01, modifié 1 fois.

CARLAW PARK
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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 18:55

( suite )


Etait-il capable d'un tel exploit , ce XIII de France parti sans grande cérémonie , un peu comme ces Basques désargentés émigrant dans l'espoir de faire fortune aux Amériques, Pour l'Australie , il n'y avait aucun doute : la constellation de SYDNEY gagnerait sans trop forcer son talent mais elle attendait, avec curiosité un peu amusée , l'exhibition de ces drôles de Français qui jouaient disait-on , un rugby étrange , bien éloigné du réalisme des "Kangourous".
Le public du SYDNEY CRICKET GROUND ,n'est pas près d'oublier les débuts de ceux qu'il allait surnommer les "Impredictibles Frenchmen".
Les Français avaient retenu au moins une chose dans leurs trois premiers matches : le début de partie fulgurant des Australiens.
Pendant vingt minutes , ils s'élancèrent comme des déments ,percutant
la défense française comme s'ils voulaient la démolir à coups de bélier.
C'était une terrible épreuve de force à surmonter car ces diables de "Kangourous" ne perdaient jamais la balle.
Alors il n'y avait qu'une chose à faire : laisser passer l'orage et protéger la ligne blanche avec tout son être. Les jambes, les bras , les reins faisaient mal aux Tricolores à force de plaquer.
Pourtant ils serraient les dents et rien ne passait car il y avait toujours un
Crespo , un Cantoni , qui , d'une détente de tout le corps , faisait basculer
l'Australien qui croyait avoir transpercé la défense française.
Enfin le bal des ardents s'arrêta.
Sydney n'avait marqué qu'un simple but de pénalité par Bernie Purcell
Dans les tribunes , le public jubilait. Il aimait cet aspect du jeu où l'homme
retrouve sa férocité primitive , il se passionnait pour cet engagement physique qui est la noblesse du rugby. Sydney n'avait pas atteint son but,
mais il avait sûrement amorcé son triomphe dans cette tornade qui devait
laisser le XIII de France sans jambes et sans souffle avec , dans la bouche, le goût déjà amer de la défaite.
Le bon peuple de Sydney applaudissait déjà le courage malheureux lorsque, soudain, il vit avec étonnement les Français qu'il croyait rompus, attaquer à la main avec un incroyable culot. La balle volait de main en main à une vitesse qui affolait les joueurs de Sydney , soudain désemparés. La Furia française emplissait à son tour le stade.
Rien n'arrêtait les Tricolores dans leur démonstration .le ballon volait et il y avait toujours un joueur au maillot bleu pour continuer le mouvement.
Par deux fois en quelques minutes , Genoud et Crespo fonçaient à l'essai
et, à deux reprises , la foule australienne surprise , étonnée, abasourdie, voyait l"extraordinaire Puig-Aubert planter son ballon en terre sans regarder les poteaux , se retouner vers son camp et , après quelques pas
d'élan, expédier d'une botte négligente l'ovale haut dans le ciel entre les deux barres.
Un tel culot ,un pareil affront aux lois du rugby régnant sur le Saint Empire
Britannique , c'était trop impoli pour être honnête.
L'Australie qui a fait du sport son pain quotidien , ne croyait pas au miracle qu'accomplissaient sous ses yeux , dans son temple , les hommes
d'Antoine Blain. Elle applaudissait car elle appréciait l'exploit mais, pour elle, le propre de l'exploit étant d'être exceptionnel, elle attendait la chute.
Cette avance de 10 à 2 prise par les "impredictibles Frenchmen"avait quelque chose d'accidentel.........
Modifié en dernier par CARLAW PARK le 19 sept. 2005, 19:01, modifié 1 fois.

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Message non lu par sergic » 19 sept. 2005, 19:39

Quand on voit les documents inestimables que possèdent CP, de même que Billy, et il doit bien y en avoir d'autres ailleurs du même acabit, Robert Fassolette doit en avoir un stock, ce serait bien qu'en France il y ait un genre de Hall of Fame comme l'ont fait les anglais à Leeds; un genre de musée qui permettrait de voir l'histoire du XIII en France, ses vedettes, etc.

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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 19:48

( suite )

Têtus , sûrs de la force de leurs muscles , les Australiens reprenaient leur
long travail de sape. Ils menaçaient mais ils ne pouvaient marquer, une fois encore, qu'un but qui diminuait à peine l'écart (10-4) et une nouvelle
fois , l'orage australien passé , c'était encore le déferlement tricolore.
Cantoni, dernier servi à l'aile gauche , allait être projeté en touche quand on le vit , dans un bond hallucinant , plonger au-dessus de trois défenseurs pour marquer l'essai en coin. Cette fois la foule croyait au
miracle français et le but , réussi par notre "Pipette" , faisait exploser le stade; 15-4, c'était mieux qu'une victoire : une révélation.
Mais cet essai incroyable était pour le XIII de France un cadeau empoisonné. Trop sûrs d'avoir la victoire en mains, les Tricolores la défendirent avec moins d'acharnement et ce jour-là , ils comprirent, à leurs dépens que les rugbymen d'Australie sont d'une trempe exceptionnelle. " Il faut les tuer trois fois avant d'être certains qu'ils sont morts" affirme Jean Duhau , et c'est bien vrai.
Le XIII de France crut qu'il avait le droit de souffler un brin. Alors, en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, Sydney avait marqué deux essais et revenait à 15-14 . Il n'en fallait pas tant pour mettre tout un stade sur le gril. Les Australiens étaient à nouveau possédés du démon.
C'est alors que le XIII de France crut bon de placer sa botte secrète ,
en, l'occurence celle de Pipette qui , s'avançant jusqu'aux premières lignes
, balança un drop monumental.
La France , menant 17-14, croyait avoir repris la victoire un instant menacée, mais les Australiens n'avaient été couchés sur le flanc que deux fois. Ils repartirent à l'assaut et les minutes devenaient longues comme des siècles.
- Combien ? Combien ? hurlait "Pipette" à Jean Duhau et Bob Samatan,
qui se mordaient les poings sur le bord de la touche.
- Sept , six , cinq , répliquaient les entraîneurs français en ouvrant les mains pour être mieux compris.
A quatre , ce fut une déchirante clameur. D'un coup de rein désespéré,
l'énorme trois-quart centre , Gordon Willoughby , avait effacé l'étreinte
d'un Tricolore et dévalait vers la ligne de but française.
Venus en travers , Ponsinet et Puig-Aubert lui barraient le chemin , mais
Willoughby jetant tout le poids de ses 95 kgs , s'affalait en coin derrière la ligne blanche .Sydney égalisait 17-17 , et le stade chavirait d'exaltation.
Du bord de la touche , Bernie Purcell tentait la transformation, avec cette méticuleuse application qui caractérise les buteurs anglo-saxons en général et australiens en particulier.
Dans les tribunes on pariait ferme. Sous un tel angle , le succès de Purcell
était donné à 5 contre 1 . Le ballon allongé sur le sol pointait comme un obus vers les buts français. On retenait son souffle . La balle monta pour s'engouffrer en biais entre les deux poteaux:19-17!
La transformation de Purcell faisait, du demi-succès arraché par Willoughby , une victoire totale pour Sydney.
Le public , abasourdi par tant d'émotions , s'apprêtait à vider les gradins.
Le XIII de France , rageur , tirait un baroud d'honneur..........

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Message non lu par CARLAW PARK » 19 sept. 2005, 20:44

(suite)

Une fois , deux fois , l'essai , qui aurait tout renversé était manqué d'un cheveu.
Là-bas, de l'autre côté de la tribune des "Membres" , le "Hill", la grande butte de terre recouverte par la marée humaine, commençait à montrer les premiers mouvements de l'agonie d'un match.
Le sort en était jeté .
Savourant déjà l'exploit des siens, le bon peuple de Sydney ne remarqua pas qu'au moment où la cloche sonnait, l'arbitre venait d'accorder une pénalité à la France au milieu même du terrain. Il vit bien ce drôle de petit arrière nommé Puig-Aubert s'avancer pour botter , mais il ne fit
que s'amuser de cette impertinence qui sied aux causes perdues.
Seuls Duhau et Samatan se mordaient les poings. " Pipette" prit le ballon
d'une de ses mains étonnamment grandes pour sa taille et de l'autre
il montra les poteaux.
Les juges coururent à leur place . " Pipette" botta en drop avec une désinvolture qui sembla coupable à tous les connaisseurs des antipodes.
Ils ne le crurent qu'un instant , le temps de voir le ballon s'élever , comme
propulsé par une force surnaturelle, dans un hurlement de tout le stade.
La France arrachait le match nul , l'Australie découvrait Pipette et en
faisait un demi-dieu.
Le lendemain de ce match grandiose , la presse australienne ensevelissait
les Tricolores sous un monceau de fleurs.
Dans le DAILY TELEGRAPH , Franck O'Rourke écrivait :
"LA GRANDE QUESTION , POSEE AU SUJET DE LA QUALITE OU DU MANQUE DE QUALITE DE L'EQUIPE DE FRANCE QUI NOUS REND VISITE, A TROUVE UNE BELLE ET BONNE REPONSE.
JAMAIS LE PUBLIC DE SYDNEY N'A ASSISTE A UN JEU A LA MAIN DE LA NATURE DE CELUI QUE LES FRANCAIS ONT DEMONTRE DANS LA PREMIERE MI-TEMPS DU MATCH D'HIER.
LES SOLIDES ET RAPIDES AVANTS JOUERENT PARFAITEMENT A LA MAIN ET AMORCERENT DES MOUVEMENTS POUR DES LIGNES ARRIERES INCANDESCENTES. LA VITESSE ET L'ADRESSE AVEC LESQUELLES LES FRANCAIS SE MULTIPLIAENT HIER, N'ONT A COUP SUR JAMAIS ETE VUES ICI PRECEDEMMENT".
La France était venue . On l'avait vue et elle avait convaincu. Désormais les Tricolores étaient les"Flying Frenchmen", mais au-dessus de tous, Puig-Aubert atteignait au sommet d'une gloire sur laquelle les ans ne devaient avoir aucune prise.
Dans le SYDNEY MORNING HERALD , Tom Goodman le désignait comme le héros du jour:
" LE BUT FABULEUX , REUSSI APRES QUE LA CLOCHE AIT RETENTI , PAR LE PETIT ARRIERE PUIG-AUBERT, A ETE LA PLUS GRANDE DES SENSATIONS D'UN MATCH EXCITANT ET AFFOLANT".........

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Message non lu par CARLAW PARK » 20 sept. 2005, 08:38

RUGBY CHAMPAGNE
AVENTURES DANS LES MERS DU SUD.
UN CERTAIN PUIG-AUBERT(Suite)



Comble de la célébrité , la publicité utilisait aussitôt la botte de notre "Pipette" national. C'est ainsi que fleurit sur tous les journaux d'Australie , un dessin où l'on voyait Puig-Aubert réussir un
drop de sa propre ligne de but, tandis que les avants australiens aux trognes enluminées , levaient les bras au ciel en s"exclamant:
" IL MERITE BIEN UNE K.B."
la K.B. étant d'ailleurs une excellente bière : La Tooth's K.B. lager.

Devenir en un jour vedette de la bière est un phénomène aussi considérable en Australie , que celui d'entrer de son vivant au musée Grevin. Précisons toutefois que la K.B. Lager n'est pour rien dans le phénomène d'embonpoint qui allait par la suite transformer Pipette
en mappemonde , car il a toujours marqué une nette préférence pour
le pastis.
Si la K.B lager avait été à son goût , il eût peut-être accepté les propositions mirobolantes que les clubs australiens allaient lui faire
mais, nous l'avons déjà dit, il préférait le pastis, boisson , qui n'a pas encore conquis les antipodes.
Après leurs tonitruants débuts à Sydney , les Français étaient attendus une semaine après comme aucune équipe ne l'avait été auparavant.
Vous pensez ! Des gens qui jouent au rugby en artistes , qui tournent le dos aux poteaux avant de tenter un but , qui se nourrissent de grenouilles et d'escargots , ça ne se rate pas! Le comble de la curiosité fut atteint lorsque,prenant d'assaut l'Olympic Hôtel où le XIII de France bivouaquait, la presse révéla que les Tricolores ne suivaient aucun régime , qu'ils buvaient trois à quatre verres de vin rouge par repas , qu'ils mangeaint
d'énormes steacks saignants et que, pour améliorer , le terrible pilier Lolo Mazon cuisinait des canards sauvages que Martin , Dop , Comes et Contrastin abattaient au lance-pierre dans les parcs du voisinage.
Constrastin effreya même notre confrère Jim Mathers du DAILY MIRROR, quand ayant englouti un bon demi de bourgogne australien , il fit claquer
sa langue avec un grognement de plaisir :
- Voilà qui fait du bien au ventre dit Tintin.
Jim Mathers , très inquiet , alla voir Jean Duhau pour lui signaler que Contrastin allait être sûrement malade .
- Il a bu un demi de rouge , dites-vous ? Bagatelle ! Chez lui à Condom ,
il fabrique de l'armagnac et il ne peut jamais en vendre aux clients car il consomme toute la production.
Jim Mathers resta bouche-bée, convaincu que Contrastin allait faire une crise de "delirium tremens" au prochain test........

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