Quand Vichy zigouillait le rugby à XIII...
Le rugby à XIII, ex-sport de masse, revient de loin. Il a survécu à l’interdiction de Pétain, soutenue par le vichyste port-vendrais Jep Pascot en 1941. Aujourd’hui, cette discipline ouvrière, sociologiquement de gauche, prend sa revanche. Tout a un sens…
Jep Pascot (1897-1974)
enterre le rugby à XIII en 1941
n 1933, lorsque le joueur catalan Jean Galia, d’Ille sur Têt, introduit en France le rugby à XIII, l’ambiance anglaise est là. Car la scission XV / XIII, tramée en Angleterre en 1895, est née du refus des clubs du Sud (Londres en tête) de payer les heures chômées et les frais de déplacement en train des joueurs de conditions modestes. Pour faire bref, on peut dire "Les pauvres jouent au XIII, les riches jouent au XV". C’est donc d’un fait social qu’apparaît une composition à 13 joueurs, effective en 1906 : deux 3ème lignes sont supprimés, il n’y a plus de touches, le ballon peut être conservé après placage, par un tacle vers l’équipier de derrière, et le spectacle est plus vif. Voilà pour la genèse. En 1937, la sélection française de rugby à XIII remporte la coupe du monde en coiffant sur le poteau l’Angleterre et le Pays de Galles. Bordeaux, Perpignan, Bayonne, Grenoble, Lyon et Paris ont leur club. Avant-guerre, l’essor du XIII ampute la fédération de XV de 44% de ses équipes, converties au modèle rebelle. Le jeu d’attaque de ce néo-rugby séduit les terroirs ruraux et la presse s’organise en camps rivaux. Le journal l’Echo des Sports est pour, L’Auto (ancêtre de L’Equipe) est contre.
Le Rugby à XIII entre en enfer sous le régime de Vichy par le décret du 19 décembre 1941 où le maréchal Pétain indique la "dissolution de l'Association dite Ligue Française de Rugby à XIII". Car le lobby quinziste, dirigé par le collaborationniste Albert Ginesty, Président de la Fédération Française de Rugby à XV, a perçu l’intérêt d’un mariage exclusif de son sport à l’exaltation des vertus d’une jeunesse de race blanche, chère au maréchal Pétain. Sur fond d’occupation, cette magouille est soumise à l’autorité du Directeur des Sports du gouvernement, le colonel catalan Joseph Pascot (dit Jep), de Port-vendres, ancien international quinziste et demi d’ouverture de l’USAP. Un patrimoine de plusieurs dizaines de millions de francs de l’époque est donc saisi : 225 clubs ainsi que des biens immobilier et mobiliers, parfois redistribués au XV ! Spolié et banni, le rugby à XIII entame, officiellement, une traversée du désert. En réalité, il tient son rôle populaire, ouvrier, et rural, ancré dans le quotidien et le cadre scolaire. Le XV, davantage présent à Perpignan, qui jouit d’une imagerie plus chic, profite de la disgrâce de son camarade sans remporter franchement la partie, dans une sorte d’abus légal nuancé dans les faits. Ce n’est qu’en 1991 que le terme cheap de "Jeu à XIII" est aboli au profit du "Rugby à XIII", malgré les multiples oppositions judicaires émises par la fédération de XV… De là à traiter les quinzistes de pétainistes et les treizistes de gauchistes, loin s’en faut.
De l’illégalité à la revanche des Dragons Catalans
En 2006, au comptoir des cafés de Canohès, le Barcarès, ou Palau del Vidre, on se positionne toujours comme quinziste ou treiziste, dans une éternelle dichotomie culturelle. Sur la terre catalane, réfractaire au pouvoir central, le XIII a jadis trouvé un terreau de combat, mais le vernis branchouille de l’USAP donne au XV un lustre plus éclatant, plus globalement correct. Devenir dirigeant ou bénévole de XV est une distinction sociale plus forte.
Le XIII n’est jamais mort, c’est le sport majeur en Australie, il survit au Maroc et les comtés du Nord anglais, Yorkshire et Lancashire, lui sont fidèles dans un permanent recrutement prolétaire. En Russie, le frémissement du rugby à XIII succède à sa mise à l’écart par le régime soviétique. En Afrique du Sud, où l’Apartheid l’a banni du champ légal. Comme Vichy. Par ici, doucement, le XIII revient. Une association, intitulée "XIII actif", créée en 1997 à Arles sur Rhône, exige une réparation du décret "treizicide" de Pétain. En 2000, la ministre des sports communiste Marie-Georges Buffet s’est penchée sur le sujet, sans suite. Depuis février 2006, l’entrée de l’équipe Les Dragons Catalans en Super league anglaise offre au Rugby à XIII français et catalan une nouvelle visibilité, mais sa résonance médiatique française est encore proche de zéro : les journalistes et médias de masse étant concentrés à Paris, le football occupe le devant de la scène. Le rugby noble, à XV, les embarrassant déjà beaucoup, nourrir un espoir immédiat pour les sauvages prolos du XIII relèverait du délire. Là justement est le challenge. Le rugby à XIII, en quête de crédit(s) en France, aura retrouvé son panache d’antan et tombé son costume de bâtard dès que les femmes, converties au rugby en 1998 dans le sillage des succès de l’USAP, s’y intéresseront en nombre. Ce sera le signe du renouveau.
voila le lien
http://www.la-clau.net/fr/editos/2006/2 ... a_XIII.php
la clau
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